Moto Borgotaro

Il se trouve que, de nos jours, tous les courts métrages biographiques sont similaires.

Il y a quelques semaines, nous avons partagé une parodie hilarante d’un style documentaire qui est devenu trop commun dans la culture d’Internet aujourd’hui. Le style se compose d’une voix off abondante, souvent douce et contemplative, de plans en slow motion qui capturent des activités banales, de grandes quantités de détourage, de rétro-éclairage et de profondeur de champ, le tout complété par une bande sonore atmosphérique et émotionnelle. Bien sûr, ces techniques de cinéma sont très bien en elles-mêmes car elles peuvent être toutes efficaces. Cependant, quand elles sont toutes utilisées ensemble, et quand apparemment tout le monde le fait jusqu’à un certain point, notre contenu commence à se ressembler et à sonner toujours de la même manière.

L’une des questions qui se posent après cette publication est : « Y-a-t-il quelqu’un dans ce travail biographique qui va défier les conventions et tendre le doigt du milieu vers ce style cliché des courts métrages d’aujourd’hui ? »

Après avoir vu la vidéo suivante de Roberto Serrini, un talentueux cinéaste situé à New York, la réponse à la question sera un retentissant « Oui, d’enfer ! ». Le documentaire s’appelle Moto Borgotaro et c’est le portrait d’un mécanicien moto énigmatique qui, assez paradoxalement, déteste les motos ou tout au moins l’attitude machiste qui les entoure. Le film explore sa passion pour une bécane en particulier, une Moto Guzzi Le Mans de 1979 qu’il reconstruit entièrement. Regardez :

Non seulement Moto Borgotaro défie la plupart des conventions stylistiques qui définissent les réalisateurs de documentaires mais il établit également un nouveau standard pour le genre de vidéos bike shop qui présentent presque toujours des étincelles de disqueuse au ralenti. Le film accomplit cela en s’inspirant largement de l’histoire du cinéma pour créer une esthétique qui rappelle le western spaghetti, les films de série B et les œuvres de Tarantino. Dans le cadre d’un court-métrage, cependant, ces styles narratifs sont frais et vifs et ils ont certainement aidé Moto Borgotaro à briser le moule de ce qu’une vidéo de ce type doit avoir l’air.

J’ai eu la chance de discuter brièvement avec Roberto sur le choix de faire le film de cette façon et comment il a procédé :

« J’ai beaucoup travaillé ces derniers temps avec cette boutique d’accessoires moto à Brooklyn appelé Union Garage. Le propriétaire Chris Lesser cherche toujours à faire un travail authentique et juste en dehors de la norme. Lorsque son partenaire Peter Boggia a décidé de construire une Moto Guzzi Le Mans de 1979, nous savions que nous avions besoin de le documenter et de le faire d’une manière jamais vues dans les autres films sur les préparations de bécanes c’est-à-dire sans étincelles de disqueuse. Nulle part. Jamais. Donc, ce fut un grand honneur parce que Peter n’est pas du genre à poser devant la caméra et ce qu’il fait est vraiment remarquable. »

Roberto m’a aussi parlé brièvement de la façon dont lui et sa petite équipe allait filmer ce court métrage, leur choix d’utiliser des formats de capture mixtes y compris en 16mm :

« Donc, nous avons essentiellement jeté tout ce que nous avions là-dedans et nous avons tourné le film sur deux jours en utilisant une Red Epic (1), une Blackmagic Design Cinema Camera et même une vieille Arriflex 16SR que nous avons trouvé chez un accessoiriste. Je voulais mélanger un tas de formats différents et de prises de vue de sorte que pendant le montage quand j’agis d’une manière insensée (comme j’aime le faire), ça saute vraiment hors de l’écran. J’ai utilisé beaucoup de musique de type Giallo (2) italien et j’ai trouvé des archives de film moto pour lui apporter une touche absconse de surcroît. J’ai veillé essentiellement à ce que cela ne ressemble pas aux réalisations moyennes qui saturent les écrans de nos jours. »

Moto Borgotaro est en projection actuellement dans 8 festivals y compris le Hollywood and Jalopnik Film Fests à Los Angeles, le Williamsburg and Motorcycle Film Fests à New York et l’Aesthetica Film Fest au Royaume-Uni. Si vous avez des questions pour Roberto sur le film, laissez-les dans les commentaires !

Traduction de « Watch: Tarantino-esque ‘Moto Borgotaro’ Breaks the Biographical Short Doc Mold » par Robert Hardy ©No Film School


Notes
(1) L’EPIC est la caméra haut de gamme de la marque RED. Elle est équipée du capteur MYSTERIUM-X (évolution du MYSTERIUM qui équipait les premières RED-ONE). Elle délivre une résolution maximum de 6K au format RAW 16 bits et ce de 1 à 100 images par seconde. Elle possède un mode HDRx qui pousse la plage dynamique du MYSTERIUM-X de 13,5 stops à 18 stops (Source : Wikipédia).
(2) Le giallo est un genre de film d’exploitation, principalement italien, à la frontière du cinéma policier, du cinéma d’horreur et de l’érotisme, qui a connu son heure de gloire dans les années 1960 à 1980. Les réalisateurs phares du giallo sont Mario Bava et Dario Argento. (Source : Wikipédia)

Et vous, vous en pensez quoi ?